« Engagez-vous qu’ils disaient … »

Aaaah s’engager … Les bottes bien cirées, l’odeur de la popote qui mijote dans son chaudron, le doux chant du clairon sonnant l’heure de la soupe … Soupire longuement. Ça ne vous manque pas ? Non ? Bon puisque l’armée romaine n’a pas l’air de vous convaincre, parlons de l’engagement politique !

Depuis quelques années le nombre de membres dans les partis politiques reculent, les chiffres de l’abstention, eux, suivent une tendance à la hausse. Les associations et les partis politiques feraient face à une « crise de l’engagement », à un manque de bénévoles ou de militants. Quelles en sont les raisons me demandez-vous ? Tâchons de réfléchir aux causes et origines de cette perte d’intérêt pour l’univers politique et associatif.

Aux fondements idéologiques de la crise de l’engagement

Vous et moi allons réfléchir (c’est avant tout des rencontres un processus collectif) sur ces profondes causes. Ce qui est certain, c’est que les causes sont multiples, complexes et légèrement insaisissables. Il me semble exister une incompatibilité fondamentale entre la philosophie actuelle de la société et celle gravitant autour de l’engagement. La philosophie libérale pose l’individu, avec ses droits, ses libertés et toutes ses potentialités d’actions comme brique élémentaire de toute la société. Avec le temps, cette idéologie s’est exacerbée, offrant toujours plus de possibilités aux individus, notamment avec l’arrivée puis l’essor de l’informatique et réduisant du même coup leurs attaches à la religion, la famille, les amis, la patrie ou plus globalement à tout corps social transcendant un tant soit peu l’individualité. Ces institutions étaient, dans le passé, créatrices de liens sociaux et de confiance entre les citoyens. Leur disparition progressive est synonyme d’isolement pour certaines parties la population. Mais plus que l’isolement, toute idéologie formate les esprits à penser en adéquation avec celle-ci. Pour l’individualisme, les esprits sont poussés à penser, à agir par et pour eux-mêmes, à ne compter que sur eux-mêmes pour avancer, se développer et réussir. L’extérieur à soi est relégué au second plan ou pire, au rang d’outil utilisable pour arriver à ses fins. L’engagement est un don de soi, un processus lors duquel on agit pour une cause, non plus personnel, mais commune à un groupe, généralement important, d’individus. Enfin, vous verrez un peu plus loin qu’il n’est pas impossible de faire concorder les actions pour le commun et les actions bonnes pour soi.

Le discours politique comme source de désengagement

En plus de cela, les discours en vogue ces dernières années participent à saper la confiance des gens ou à les décourager. Le discours politique promet monts et merveilles aux citoyens et électeurs et les promesses ne sont pas toutes tenues. Pire, la majorité sont brisées ou partiellement tenues (je vous propose d’aller voir le site luipresident.fr pour vous en convaincre). Une entité qui brise quelques promesses (même si elle en tient aussi un bon nombre) suscite méfiance et désintérêt presque automatiquement, en vertu du biais de négativité auquel nous sommes tous soumis. Voilà donc qui pourrait expliquer la défiance actuelle envers les politiques. Ce désengagement pourrait avoir des répercussions importantes sur les générations futures, surtout lorsqu’il est question d’agir pour combattre les crises climatiques, biologiques et sociales dont on nous rebâche l’existence à intervalle presque quotidiens. Conséquence logique d’une telle propagande, pour la plupart des gens, cet état de fait est entièrement admis et ancré dans leurs esprits. Pourtant, aucune action d’ampleur et véritablement collective n’est menée, malgré le fait que la bataille des idées ait été largement remportée. Ce désengagement pour la cause politique et écologique est causé par le découragement face à une tâche qui semble herculéenne couplé à un manque de leviers et d’actions concrètes proposées par les politiques ou par des collectifs indépendants. A cela s’ajoute le conflit avec les intérêts personnels, intérêts comme le confort de vie ou le plaisir individuel. Notre monde moderne propose mille et un divertissements très facilement accessibles pour le plus grand nombre (réseaux sociaux, plateformes de streaming). Mais la distraction, bien qu’indispensable pour une vie saine, lorsqu’elle prend une place trop importante dans nos vies, se transforme en oisiveté et en passivité.

Que retenons-nous ?

Finalement, les causes avancées dans cet article sont : l’incompatibilité entre l’idéologie « libéralo-individualiste » et celle l’engagement, les discours politiques trop vendeurs et pas suffisamment ancrés dans le réel, le découragement face au nombre et à la taille des défis du XXIe siècle et enfin dans une moindre mesure, les distractions et stimulations proposées à outrance par la technique moderne.

Simon

Alternance de discriminations

L’INSA accueille chaque année une grande diversité de profils parmi les meilleurs bacheliers de France1. Voilà la première phrase que l’on peut retrouver sur le site officiel de l’INSA Lyon. Des engagements forts et surtout bien mit en avant. Peut-être trop mis en avant ?

Des chiffres et des discriminations

L’école se vante d’accueillir 35% de filles […] et 35% d’étudiants internationaux. Pourtant, dans la filière alternante de génie électrique, toutes classes confondues, il a seulement 12% de femmes et 9% d’étudiant.e.s internationa·ux·les.2 Je suis consciente que les chiffres donnés par l’INSA sont des moyennes mais la réalité est loin d’être à la hauteur des chiffres annoncés pour les alternant·e·s.

Et pour connaitre l’impact de ces chiffres sur la vie des alternant·e·s, il faut demander aux concerné·e·s. Pour l’insatiable, j’ai réalisé un sondage auprès des alternant·e·s faisant partie des minorités. Au-delà des femmes et des personnes non-blanches, j’ai aussi questionné

les personnes LGBT+, les personnes ayant des troubles mentaux ou des handicaps. Les résultats sont flagrants. 50% disent avoir déjà vécu des discriminations de la part d’autres élèves et 30% de la part de professeur·e·s. Parmi ces discriminations, on retrouve en majorité le sexisme et le racisme mais aussi de la transphobie.

La peur par le silence

Faut-il donc changer quelque chose ? La quasi-totalité des personnes questionnées3 pensent que l’INSA peut (et doit !) mettre plus en avant les questions de diversité et de combat contre les discriminations. Bien sûr, je n’ai pas questionné tout le monde, mais j’estime que les personnes qui n’ont jamais vécu de discrimination de par leur statut privilégié4 n’ont pas à répondre à ça. Aussi, chacun·e·s d’entre nous a intériorisé ces discriminations, ces différences. Certain·e·s diront, malgré leur statut de minorité, qu’il ne faut pas trop donner de l’importance à ces sujets. Cela pourrait déranger, choquer, énerver. Si vous réagissez de cette façon c’est que vous faites partie du problème. Nous devons déranger, choquer et énerver celleux qui pensent que leur tranquillité est plus importante que les droits fondamentaux des autres. Etudier et travailler en paix est un droit fondamental pour tout élèves à l’INSA même en alternance.

Si vous n’êtes toujours pas convaincu·e·s, réfléchissez aux conséquences que cela peut avoir. Des élèves discriminant·e·s deviendront des ingénieur·e·s discriminant·e·s. Aujourd’hui, 55% des femmes disent avoir déjà vécues des propos sexistes sur leur lieu de travail5 et 66% des demandeu·r·se·s d’emplois estiment que la couleur de peau est pénalisante à l’embauche6. A l’INSA, plusieurs alternantes aimeraient changer d’entreprise à cause du sexisme vécu. Mais comment peut-on espérer améliorer la situation si nos élèves ne sont pas mieux que nos ingénieur·e·s actuel·le·s ?

Aux changements !

Le changement passe par l’éducation, et c’est le rôle de l’INSA d’éduquer ses élèves – ou alors de ne pas recruter des opresseu·r·se·s. Pour être admis·e en alternance à l’INSA, le chemin est long. Vous devez entre autres passer un entretien oral. Il suffirait à l’administration de rajouter une question sur les sujets de société, d’égalité. Et de prendre en compte la réponse – à même titre que les notes de mathématiques ou de physique. L’INSA jouit d’une réputation positive qui entraine de nombreuses demandes de recrutement pour chacune de ses filières. Il est donc facilement possible de trouver 25 futur·e·s ingénieur·e·s compétent·e·s et qui ne discriminent pas les autres.

En tant qu’école, l’INSA et son administration se doivent de former des ingénieur·e·s de qualité. Ces ingénieur·e·s auront pour la plupart une équipe à gérer. L’INSA ne doit plus permettre à des opresseur·eus·es d’être chef·fe·s ou cadres. Elle leur donne l’opportunité de discriminer, insulter, harceler – ou pire – des employé·e·s, souvent en toute impunité. L’administration doit prendre ses responsabilités et modifier ses manières de recrutement.

Marie

1  https://www.insa-lyon.fr/fr/insa-lyon

Moyenne des trois classes de GEA actuelle

3  Sondage réalisé pour l’Insatiable

4  Coucou les hommes blancs hétéros cisgenres

5  Violences sexistes au travail : les chiffres chocs d’une enquête européenne, Le Monde, 12/10/2019

6  Discriminations à l’embauche, de quoi parle-t-on ? Ministère du travail, de l’emploi et de l’insertion, 15/04/2016

Oyez moussaillons !

Exit, l’association LGBT+ de l’INSA, lance une toute nouvelle initiative d’ampleur sur notre campus: la Semaine des Arts & Sciences Queer (SASS Queer pour les intimes) ! Cette première édition intitulée « Hissons les Couleurs ! » se déroulera sur le campus de l’INSA du lundi 2 au samedi 7 mai 2022.

En journée, un cycle de conférences sur les réseaux et applis de rencontres sera proposé sur la pause de midi tandis qu’en soirée, des évènements artistiques mettront la culture queer à l’honneur. Cette semaine haute en couleur sera clôturée par un Bal des Fiertés (ouvert à tous et à toutes) afin de mettre en lumière les artistes indépendant-e-s de la région lyonnaise. Cette soirée dansante, sera comme le reste de la semaine (à l’exception du drag show), sans alcool, afin d’offrir des alternatives et de sensibiliser aux problèmes de dépendances très présents dans les milieux étudiants et LGBT+.

Le cycle de conférences scientifiques, baptisé « Réseaux et Applis de Rencontre : Pirates en Eaux Troubles » abordera la protection de nos vies numériques, les biais dans les jeux de données, leurs enjeux pour la communauté LGBT+ et l’impact de l’automatisation sur les relations amoureuses.

Vous ne savez pas par quel bout aborder la culture queer ? Nos évènements en soirée vous feront chavirer, à commencer par la soirée jeux vidéo queer, perdez-vous en mer numérique en venant au dévoilement de la traduction française de Lucah born of a dream ! Vous n’avez pas le pied marin, point de panique, on se retrouve sur le plancher des vaches ou sur scène lors de notre exposition et soirée improvisation théâtrale. Tout ceci vous donne soif, rendez-vous le jeudi soir à la Kfet pour un spectacle de drag king and queens endiablé. Pour les moussaillons série and chill, on vous attend nombreuxe lors de la projection de la série lyonnaise Les engagés. Et pour finir, venez jeter l’ancre à la MDE lors du Bal des Fiertés le samedi soir avec en figures de proue: Yanis, Coeur et DJ Pompompom !!

Le fil directeur de ce festival est la piraterie. Qu’elle soit maritime ou numérique, ce qui importe, c’est de sortir des normes, briser les préjugés et détourner les codes comme les lieux ! Investir les bâtiments de l’INSA pour y mettre en valeur des scientifiques et des artistes queer est un symbole fort et un virage vers plus d’ouverture et de tolérance. Il s’agit de proposer un ailleurs dans le ici, où les hors-la-norme ont aussi leur heure de gloire !

Laissez-vous embarquer par cette semaine d’événements ! Si vous souhaitez en savoir plus, rendez-vous sur les réseaux d’Exit Lyon et surfez sur notre tout nouveau site internet: www.sassqueer.fr

Le bureau d’EXIT

Alternance pour la thune

L’alternance est un bon moyen d’apprendre, on rentre dans le monde du travail pendant nos études. On gagne de l’argent, on gagne en expérience professionnelle tout en étudiant pour obtenir un diplôme d’ingénieur. De plus, très souvent un poste est ouvert pour vous à la fin de l’alternance dans l’entreprise qui vous embauche.

En effet, l’entreprise souhaite un retour sur son investissement économique et social : vous. Parlons de l’entreprise, de l’apprenti.e (ou plutôt futur.e) puis formulons une conclusion. La plupart des choses formulées ici proviennent d’expériences diverses, dont la mienne, auxquelles j’ai eu échos.

Pourquoi les entreprises font de l’alternance

Combien gagne ou perd une entreprise avec l’embauche d’un.e alternant.e sur trois ans ? L’entreprise a le droit à des aides assez importantes : 8000 euros sont versés mensuellement à l’entreprise pour un.e alternant.e majeur.e et 5000 pour un.e mineur.e.[1]

L’entreprise a aussi accès, selon sa taille et ses moyens, à des déductions fiscales[2]. De plus, elle « bénéficie d’exonérations de cotisations et de contributions sociales patronales et salariales au titre de ce contrat d’apprentissage. Quelles que soient la taille et l’activité de votre entreprise : – la rémunération de l’apprenti-e n’est pas assujettie à la CSG[3] et à la CRDS[4] ; les cotisations patronales et salariales dues au titre des assurances sociales (maladie, maternité, invalidité, décès, vieillesse) sont totalement exonérées ; les cotisations salariales d’assurance chômage sont exonérées ; les cotisations liées aux accidents du travail et aux maladies professionnelles restent dues. » [5]

En bref, beaucoup de choses permettent à l’entreprise d’engager sans trop de pertes un.e alternant.e. Tout cela pour dire que le problème pour une entreprise réside en grande partie dans le choix de l’apprenti.e. Elle doit pouvoir recruter largement pour trouver le.a meilleur.e personne qui lui permettra de faire le plus de retour sur investissement sur les trois ans.

Une entreprise à but lucratif[6] cherche avant tout une personne efficace et dynamique qui saura se confondre avec ses valeurs et son mode de travail.

Les aptitudes qui font de vous un bon.e alternant.e

Pour l’apprenti.e, le jeu de l’alternance consiste à parader et à se mettre en valeur pour ces entreprises. Jusque-là, pas de différence avec le monde professionnel. On ment, on est élogieux.se envers soi-même et l’entreprise que l’on séduit, on se vante et se rabaisse pour obtenir un poste qui ne nous plait pas forcément. En dehors du schéma standard, la recherche d’entreprise en alternance ajoute quelques petites options sympathiques. A l’image des concours universitaires, seulement quelques places sont ouvertes pour intégrer l’école d’ingénieur en alternance. Une course à l’entreprise est donc menée. Des inégalités naissent à la porte même de l’école. En réalité, elles ne naissent pas mais s’enveniment.

Certaines personnes recevront des offres dès leur inscription tandis que d’autres devront démarcher des dizaines ou vingtaines d’entreprises pour obtenir une réponse mail de refus. La « réussite »[7] de ce concours est conditionné, selon moi voici les filtres d’entrée à l’école d’ingénieur : – le milieu culturel – la nature des expériences sociales vécues – son amour propre – son passé scolaire.

Je parle de milieu culturel pour simplement dire que tout le monde ne peut pas devenir ingénieur selon son environnement social et culturel. En effet, une personne ayant un accompagnement dans sa démarche de recherche d’entreprise aura plus de facilité à gérer la recherche d’entreprise. Iel aura accès à des corrections sur son CV, ses lettres de motivation, sur sa prestation à l’oral ou bien son attitude et sa capacité à répondre à diverses questions. Chez la personne n’ayant pas tout cela, il est difficile de pallier à ce manque, les cours, les quelques commentaires d’ami.es ou des parents ne suffisent pas. Cette aptitude à « savoir les choses avant de les avoir vécus »[8] est l’un des critères de sélection.

De même pour les expériences professionnelles, tout le monde – n’a pas été mis dans le milieu professionnel dès le collège ou le lycée – n’a pas accès à des emplois de proximité – n’en a pas eu la nécessité. L’assiduité, le sérieux ou le travail d’équipe, nécessaires au devenir d’ingénieur.e se développent dans énormément de disciplines autre que l’expérience professionnelle ou lucrative. Mais les années de développement de soi ne comptent pas vraiment, tout le monde se fiche de vos passions bien que vous les ayez développées en équipe ou sur scène.[9] Bien sûr, elles restent nécessaires pour montrer que vous avez une vie. Mais ce qui fera la différence c’est votre capacité à produire de la valeur. Si vous avez déjà rapporté des sous, autrement dit si vous avez déjà produit de la valeur par votre force de travail, alors potentiellement vous pouvez le refaire. Ce potentiel est convoité par les entreprises car après tout, autant prendre de la « main d’œuvre productive »[10].

Le conformisme

Ensuite, on nous teste sur notre capacité à parler, à s’exprimer, à échanger, à savoir tout sur tout et à tout moment, à savoir poser, à sourire ou bien à faire profil bas. Toutes ces attentes dépendent des entreprises. Difficile de trouver un travail si vous êtes timide ou réservé, ou bien au trop énergique et impatient.e. Il faut être tout et, en même temps, rien.

Savoir s’adapter au gré des entreprises et des entretiens. Savoir perdre sa personnalité et son amour propre pour se faire entendre. Il faut détruire ses propres convictions ou simplement ne pas en avoir. Il faut obéir aux demandes et avoir un esprit « corporate »[11]. Faire « comme si » au lieu d’assumer nos différences. Et si vous êtes en défaut, le mensonge est le premier pas de la réussite. Car savoir mentir reste un principe d’entreprise.

Enfin, évidemment, les bulletins scolaires permettent de classer les apprenti.es. De les mettre dans des cases : Grand.es Admissibles | Admissible | refusé.e.[12] Ce bulletin de notes peut être pour certain.es un point d’entrée valable. Néanmoins, il est important de mettre en valeur que les notes retenues par l’INSA sont celles : Des mathématiques, de la physique, de la LV1 et la LV2 et du français. Il ne faudra alors pas vous étonner sur l’état d’esprit des futur.es élèves ingénieur.es : sexistes, racistes, apolitisé.es[13], inconscient.es, immatures et j’en passe. L’ouverture d’esprit, l’intérêt pour l’histoire, la philosophie ou l’art, ne sont pas des critères d’entrée.

En conclusion, INSA cherche à tout prix à répondre aux attentes des entreprises[14]. Cette alternance est une opportunité pour les entreprises. Elle ne laisse passer que les produits « corporate » ou bien capables de se battre et se mentir à eux-mêmes pour obtenir gain de cause. Notre école joue le jeu, elle fait passer des entretiens, elle teste les apprenti.es sur les capacités demandées par les entreprises. Elle met aussi en avant les plus « fort.es » et les aide en ouvrant des contacts d’entreprises. Un.e petite partie des apprenti.es est taguée en « Grand.e admissible » et aura accès à des contacts d’entreprises partenaires. L’autre partie reste dans l’ombre et obtient l’accès des semaines plus tard.

En fait, cette alternance vous permet de devenir une main d’œuvre plus tôt que prévu. Vous vous apprenez pour l’entreprise, vous vous façonnez pour l’entreprise, vous vous cassez la tête à savoir être et faire pour l’entreprise pendant trois ans et vous produisez pour l’entreprise. Et tout cela à prix quasi nul pour elle.

Ces études ne mentent pas sur un point : vous gagnez en « autonomie financière »[15]. Elle oublie de préciser qu’en échange, vous êtes asservi.es aux attentes de l’entreprise sur le plan scolaire et professionnel. Le temps demandé à la « réussite » de ces deux points est conséquent, ne vous permettant pas de vous consacrer pleinement dans vos projets personnels. Si vous êtes absent.e, vous perdez de l’argent. Si vous n’aimez pas l’entreprise, vous êtes coincés dans un dilemme de recherche, de démarches administratives etc. sous le joug de la perte totale de votre première motivation, devenue, avec le temps, une condition à votre survie : l’argent.

Crab.

 

[1]« Aide exceptionnelle aux employeurs qui recrutent en apprentissage » – https://travail-emploi.gouv.fr/ – 3 décembre 2021

[2] « Déductions fiscales de la taxe d’apprentissage » – www.alternance.emploi.gouv.fr/ – Mis à jour le 05/10/2021

[3] « Qu’est-ce que la CSG ? » – www.vie-publique.fr – 19 octobre 2021

[4] « Qu’est-ce que la CRDS ? » – www.vie-publique.fr – 16 avril 2019

[5] « Aides financières à l’apprentissage » – www.agefa.org/

[6] Recherchant la croissance économique.

[7] Aka. devenir un.e petit.e ingénieur.e asservi.e au système.

[8] L’apprenti.e a un retour d’expérience sur le milieu de l’entreprise que n’a pas un.e autre apprenti.e grâce au milieu culturel et social qui lui est propre.

[9] Pour le domaine artistique par exemple.

[10] Les entreprises ont peur des « bon.nes à rien », démotivé.es et non-intéressées par le gain et l’argent, moteur des entreprises.

[11] Esprit d’entreprise, mais vu qu’on est ingénieur.e, on fait dans le bilingue.

[12] Nous reviendrons sur ce point plus tard.

[13] Ici le terme est utilisé pour : pas intéressé.e par l’engagement politique de manière générale.

[14] Les thèmes des matières dépendent énormément des attentes d’un conseil d’entreprises.

[15] Dans le sens où vous gagnez de l’argent tous les mois vous permettant de vous détacher de vos parents.

Rejoindre (presque) votre adversaire pour le combattre !

À l’approche des élections présidentielles, on sera amené à beaucoup débattre. Si on est déjà d’accord, c’est fort joyeux, et le débat se transforme aussitôt en discussion amicale ; si on n’est pas d’accord sur tout, c’est moins confortable mais très stimulant pour l’esprit, qui apprend à sortir de sa zone de confort ; en revanche, si on ne partage vraiment rien, un débat peut vite devenir pénible et amener à un dialogue de sourds. En général, on arrive peu à convaincre dans de tels cas, et on préfère éviter une tâche aussi grande et chronophage, mais la « démocratie », c’est aussi ça, non ? Ce n’est pas dans l’air du temps, mais une longue discussion posée sous un clair de lune peut faire des miracles ! Et s’il fallait rejoindre presque son ennemi pour le combattre ? (sur le terrain des idées)

Parce qu’un débat, c’est avant tout une confrontation. Mais de quoi exactement ? De points de vue, dirons-nous, sauf qu’en creusant un peu plus loin, on se rend vite compte que c’est de « valeurs », voire de « philosophies » que l’on débat. La meilleure manière de s’en apercevoir est de poursuivre un dialogue jusqu’au bout pour voir jaillir la dialectique qui le structure. L’exemple le plus classique est peut-être celui de la « nature humaine » bonne ou mauvaise, perfectible ou perdue d’avance, qui sous-tend la majorité des débats politiques ! Libéralisme contre collectivisme, justice punitive ou réhabilitative, surveillance ou confiance… Bref, en analysant suffisamment d’exemples, on voit que nos opinions dépendent fortement d’une « matière brute » et du degré de concentration des différentes valeurs qui la composent, comme la justice, l’entraide, le sacré ou la liberté… Si certaines sont mûrement réfléchies, la plupart découlent d’appétits inconscients, d’affects forts, et d’expériences vécues qui nous font pencher vers des symboles plutôt que d’autres, pour le meilleur et pour le pire.

En quoi cela nous aide ? Eh bien pour a minima « reconnaître » une opinion, même des plus « fallacieuses », c’est-à-dire identifier les idéaux souvent sincères (mis à part les manipulateurs cyniques) et nobles, qui fondent un discours. Par exemple, la loyauté ou encore l’enracinement sont des valeurs plutôt positives pour les animaux sociaux que nous sommes, même si elles peuvent constituer un terreau fertile pour une rhétorique identitaire ou nationaliste. Chez certaines franges de révolutionnaires, on sait aussi ce que l’esprit de radicalité peut produire comme exactions quand il passe des idées aux personnes. Par conséquent, pour mieux combattre une opinion, j’ose espérer qu’en câlinant quoique d’un bras le socle de valeurs adverses, on a plus de chances d’y parvenir, plutôt que de le dénigrer complètement, ou pire, de le méconnaître.

Que faire ensuite ? Eh bien plusieurs choix s’offrent à nous ; on pourrait opposer à ladite valeur une autre plus pertinente dans un contexte précis, non pas donc supérieure en principe, mais prioritaire dans un cadre circonstanciel. Exemple tout bête : même si c’est fondamentalement positif de dire la vérité, il pourrait être préférable de la taire dans un moment défini où elle peut heurter, provoquer le désarroi, et donc privilégier une autre vertu, mieux adaptée à ce moment-là : la bienveillance. Mais mieux encore, on pourrait s’accaparer soi-même l’idéal adverse pour le charger d’une toute autre symbolique ! La “priorité nationale”, comme le clamerait l’extrême-droite ? Cela sonne plutôt bien et pourrait avoir du sens, mais comment définir le périmètre d’une nation ? Surtout pour un pays comme la France, dont l’histoire a enlacé par son impérialisme au 19ème et 20ème siècle tout un tas de peuples qu’elle ne peut plus regarder désormais comme totalement “extérieurs” à sa nation, sauf à en défendre une vision qui date de très longtemps. Autre exemple, le « progrès » et « l’innovation » sont très louables, mais où devrait-on s’y employer le plus ? Dans la technique où on ne fait que ça ou dans nos institutions économiques qui n’ont pas progressé depuis des siècles ? De tels jeux de langage sont loin d’être anecdotiques pour élargir des acceptions trop figées. Paradoxalement, une des manières les plus efficaces de déconstruire une idéologie serait de parler mieux qu’elle dans sa propre langue !

Ayman

Discussion sur l’antispécisme

La porte s’ouvre dans le tintement d’une clochette. Alice parcourt la salle du regard en retirant son écharpe. Il fait froid dehors, et il commence tout juste à pleuvoir. Elle reconnaît le bonnet rouge d’Anissa qui dépasse de la foule de personnes assises dans le brouhaha ambiant.

Yann est avec elle. Le temps qu’elle s’asseye, un serveur, dont le sourire se devine derrière le masque, est déjà prêt à prendre sa commande. Sans hésitation, ce sera un chocolat chaud : « Bien chaud s’il vous plaît. Et avec du lait végétal si possible ! ». Le serveur hoche la tête sans perdre son sourire masqué, puis retourne préparer la commande en esquivant les tables.

Yann – J’ai jamais trop compris comment tu fais pour boire du lait de soja. C’est quand même pas ouf comme goût non ?

Alice – Le lait de soja c’est pas trop mon truc, ça fait trop pâte à crêpes, mais le lait d’amande ça passe vraiment bien ! D’ailleurs je crois que c’est du lait de coco ici ! Et je préfère ça au lait de vache de toutes façons.

Y. – Même quand le lait végé vient de 10 000 km ? C’est ça que j’ai jamais trop compris avec ta philosophie. Tu préserves les vaches des élevages industriels – et c’est très bien, mais à côté tu vas faire venir un truc du bout du monde, quitte à ce que ça détruise des espèces locales ! Ok pour boycotter les grandes coopératives, mais tant qu’à boire du lait, autant en prendre du local de vaches de petites exploitations paysannes non ?

A. – Justement, tu as trouvé le mot juste : « exploitation ». Ça te convient à toi d’utiliser les vaches comme des ressources ? Je dis pas qu’elles sont pas mieux dans les exploitations paysannes hein, juste qu’elles restent des objets, des machines à produire du lait.Y. – Ouais enfin ça n’a quand même rien à voir ! L’exploitation de coco d’Indonésie, elle envoie un sacré coup à la biodiversité ! Ça te fait rien que les orangs-outans disparaissent ?

A. – Bah évidemment que ça me dérange que des orangs-outans souffrent et meurent. Mais ça ne me plaît pas non plus que des vaches souffrent et soient abattues dès qu’on n’a plus besoin d’elles.

Y. – Oui enfin des vaches, il y en a encore beaucoup, les orangs-outans nos petits-enfants ne les connaîtront peut-être que dans les livres !

A. – Un peu comme nous quoi, moi j’en ai jamais vu en vrai perso. Et puis non ça va pas ce que tu dis là, comme si le ressenti des vaches était moins important « parce qu’il y en a plus » ! Ce sont des animaux sentients elles aussi, comme nous, comme les orangs-outans. Y’en a pas qui méritent de souffrir plus que les autres.

Le serveur masqué revient avec le chocolat, servi dans une grosse tasse émaillée, dont la poignée était suffisamment large pour y glisser une main, ce qu’Alice s’empresse de faire pour réchauffer ses doigts.

Y. – Je ne pense pas qu’il y en ait qui mérite plus de souffrir, mais les grands singes méritent de vivre dans des espaces préservés, des sanctuaires, loin de nous – ou plutôt, nous loin d’eux. Parce que dans ta vision des choses, la biodiversité, tu en fais quoi du coup ?

A. – Bah pas grand-chose. Enfin si bien sûr, si une espèce disparaît, beaucoup d’individus d’autres espèces seront impactées, parfois négativement, du coup faut y faire attention. Et une espèce qui disparaît, c’est avant tout des individus qui meurent. Mais préserver la biodiversité POUR préserver la biodiversité, ça me parle pas trop. Imagine que les frelons asiatiques disparaissent d’Europe, ce serait chouette. Pourtant la biodiversité baisserait non ? La biodiversité c’est pas « bien » en soi. Une variation de biodiversité implique beaucoup de changements, mais ce sont les changements qui m’importent, pas la biodiversité en elle-même. Alors du coup oui les orangs-outangs qui souffrent à cause du lait de coco ça me convient pas… Mais que des individus soient gardés en captivité dans des zoos ou des parcs sanctuaires pour que nos descendants puissent s’amuser à les regarder, non ça m’intéresse pas non plus.

Y. – Bah ces parcs sanctuaires ils pourraient être fermés aux humains, j’ai pas parlé de s’amuser à les regarder non plus. Ce serait top qu’on ait plus aucun impact sur toutes ces espèces, qu’elles puissent vivre leur vie tranquillement sans être dérangées.

A. – Admettons, on crée de grands parcs clôturés et gardés H24 par des soldats pour laisser aucun humain entrer, et on y met des individus des espèces « sauvages » pour qu’elles y vivent leur vie. Tu choisirais quelles espèces toi ?

Y. – En France continentale, je dirais les loups et les ours, qu’on leur foute un peu la paix, et puis les chevreuils, les sangliers, les ragondins, les lapins, tous les oiseaux dont j’ai aucune idée du nom… Et puis les animaux sauvages quoi. Et ça viendrait aussi avec des zones sans pesticides, donc favorisant les insectes pollinisateurs. Et puis les forêts sauvages ça stocke bien le carbone !
Je te vois venir, tu vas me dire que les vaches, les poules, les cochons auront pas leur place dans ces parcs. Bah oui ! Ça fait des siècles qu’on les sélectionne pour qu’ils vivent avec des humains, ils peuvent plus faire sans nous ! Une vache dans une forêt sauvage elle tiendrait pas 1 semaine avant de se faire manger. Donc non ça serait pas leur rendre service, les animaux domestiques sont bien mieux chez nous.

A. – Tu parles du milliard d’animaux tués tous les ans en France là ? Dont la plupart ont toujours vécu en cage ? Tu m’as pas convaincu. Et j’arrive pas à comprendre le but de ces parcs au final ?

Y. – De laisser les animaux tranquilles ! Qu’ils puissent vivre leur vie sans nous, et qu’on arrête de perturber leurs écosystèmes ! On n’a pas notre place partout.

A. – Donc l’idée pour toi c’est de maximiser le bien-être animal ? Ça colle pas ton histoire, dans un parc naturel, c’est pas sûr que les proies vivent leur meilleure vie. Faim, soif, maladies, blessures, chasse… Y’a plein de façons de mourir différentes, et elles ont pas l’air top niveau souffrance. D’ailleurs, c’est exactement ce que nous essayons d’éradiquer dans les sociétés humaines ! C’est bizarre qu’on se soucie pas des autres animaux non ?

Y. – Ça n’a rien à voir ! Nous on est humains, on est solidaires, on s’occupe de notre espèce, c’est l’instinct de conservation. On l’a tous et toutes, sinon ça ferait bien longtemps qu’on serait plus là.

A. – Moi je l’ai pas l’instinct de conservation de l’espèce. De moi-même, c’est sûr, de ma famille, de mes potes et plus généralement des gens que je connais oui carrément, mais l’instinct d’aider l’espèce ça parait un peu abstrait comme ça. « Espèce » c’est pas une valeur morale, suffit de voir comment on traite les autres humains et humaines qui sont pas de notre classe sociale, ou qui sont sur un autre continent… Il est pas glorieux l’instinct d’espèce.

Yann fait sa moue, celle qu’il fait quand il est contrarié. Il recommence brusquement à parler.

Y. – Alors du coup selon toi il faudrait aller filer des couvertures aux lapins qui ont froid, et des antibiotiques aux oiseaux malades par solidarité, alors qu’on arrive déjà pas à le faire pour tout le monde ?

A. – J’ai pas dit que je savais ce qu’il fallait faire ! Je pointe juste que l’idée que les animaux seront heureux de pouvoir gambader dans les prairies et de se faire chasser par tous les prédateurs du coin, avant de finalement mourir noyés dans une rivière, c’est un peu une légende qu’on se raconte pour justifier la ségrégation qu’on veut mettre en place entre la Nature et la Culture. Comme s’il y avait une différence.
La culture humaine EST dans la Nature, tout ce qu’on fait est naturel, même quand on détruit des écosystèmes. C’est pas en essayant de s’éloigner de ce qu’on considère comme étant la Nature – les espèces protégées en fait, qu’on va vraiment faire du bien à la biodiversité, ou aux individus non-humains. Je pense que vouloir nous mettre en dehors de la Nature, c’est une bonne façon pour nous de justifier qu’on puisse la contrôler, et donc l’exploiter, même si on se présente comme les méchants. « On va créer un parc naturel protégé pour les éléphants, mais à côté on va couler une dalle de béton de 5 hectares pour accueillir une plateforme d’Amazon », ça sonne faux non ? Y’a des zones à préserver et des zones à exploiter, du coup c’est facile, ça laisse le champ libre pour continuer comme avant.
On pourrait plutôt repenser notre rapport aux autres individus, humains et non-humains, en se basant non pas sur une idée un peu bancale de préservation de la biodiversité à tout prix, pour elle-même, mais plutôt sur une idée de diminution de la souffrance de tout le monde. Si ça doit passer par une préservation de la biodiversité, les pollinisateurs et tout ça, c’est top et ça semble logique, mais le but recherché derrière est un peu différent. Et si ça peut justifier le fait de respecter les besoins de tous les individus humains, eh bien c’est tout bénéf’. Parce qu’actuellement on y est pas non plus !

Alice tremblait un peu. Elle le sentait dans ses mains. Elle s’arrêta un instant pour boire une gorgée de chocolat chaud. Autant pour la chaleur que pour marquer la fin de sa tirade. Elle avait accéléré sur la fin, pressée d’en finir avec la mise à nu de ses idées sur la table du bar devant ses ami.es. Sa voix avait même commencé à vaciller sur les derniers mots, mais ni Yann ni Anissa n’avait eu l’air de le remarquer.

Yann s’apprêtait tout juste à ouvrir la bouche, quand Anissa prit brutalement la parole.

Anissa – Et bien le voilà l’article du prochain numéro !

Elle n’avait pas arrêté de prendre des notes pendant toute la discussion, et maintenant qu’elle avait fermé son carnet et rangé son stylo, elle les regardait tous les deux à tour de rôle, avec ses yeux noirs et brillants.

Anissa – Y’a plus qu’à le mettre en forme ! Tu t’occupes de ça Yann ? Bon, maintenant que vous avez effleuré le sujet, est-ce que ça vous dirait qu’on en vienne à l’ordre du jour ? Premier sujet : organisation de la prochaine AG de recrutement !

 

Discussion librement inspirée de la conférence de Yann Lepeltier accueilli par l’association APALA : « Quelles différences entre l’écologie et l’antispécisme ? », 05/11/2021
Certains arguments de Yann sont librement inspirés des propos de Jean-Pierre Digard dans Le Grand Entretien de France Inter : « La notion de bien-être animal est ambiguë », 09/08/2021