Le vote, la population et l’engagement

Ambiance et scène politique – La situation actuelle de la scène politique est particulière. Elle est symptomatique du désintérêt de l’engagement politique de la population. En France, depuis la fin de la guerre s’enchainent des gouvernements libéraux convaincus de la nécessité à détruire les bases de solidarité et de politique publique qu’avait construit la gauche historique. Les gouvernements libéraux suivent le marché et donc prennent des décisions en son sens pour subsister. Aujourd’hui, ces bases qui amenaient la population à vivre ensemble, à partager ses problèmes et à les résoudre[1] par elle-même n’existent plus. Ces espaces de vie politique et sociale reviennent au gout du jour depuis les récentes crises politiques. Le mouvement des Gilets Jaune montre très bien la volonté d’une certaine partie de la population, désintéressée ou dégoutée par la politique actuelle, de créer des espaces de partage et d’échange. Ces espaces sont éphémères car très souvent illégaux[2].

Nous souhaitons dans cet article discuter du vote aux présidentielles de France et de l’engagement politique de la population. Ou autrement dit, nous étudierons en quoi le vote, ses résultats et son rejet influencent l’engagement dit « politique » des français.es. Nous commencerons par donner un rapide historique des élections françaises puis nous ferons une étude des résultats et de l’utilité de l’abstention. Pour terminer sur une synthèse personnelle de la situation.

Voter à droite ou à gauche – En étudiant les résultats des élections présidentielles nous notons un partage bilatéral du pouvoir. La gauche et la droite républicaine siègent au gouvernement depuis 1969.[3] Bien que les têtes changent, les deux partis participent à la libéralisation de la France : des aides apparaissent quand la gauche gagnent puis disparaissent quand la droite arrive. Finalement, la gauche impose des régulations que la droite se chargera de supprimer. Les programmes des anciens partis majoritaires proposent un jeu de ping-pong politique et économique provoquant une frustration importante chez la population. En effet, malgré les crises, rien n’avance, rien n’est fait, et à chaque gouvernement les problèmes s’accumulent ou s’enveniment.

Figure 1: Disparité des votes à gauche ou à droite

C’est en 2017 que l’on observe une bascule totale dans ce jeu. Un candidat indépendant est propulsé au règne du pouvoir, soutenu par les entreprises, les banques, la nouvelle classe moyenne désintéressée par la scène politique ainsi que la scène politique elle-même. Rien d’étonnant à sa victoire car la majorité de la France souhaitait un candidat différent, « hors-système », ne se revendiquant ni de droite ni de gauche. Cependant, ce candidat impose des politiques de droite sans se soucier des réactions de l’opposition et de la population. Il a fini par envenimer la frustration des militant.es de tous les partis.

Depuis 1969, les gouvernements ont eu un impact certain sur l’engagement de la population : on arrive aujourd’hui à un point où plus rien n’a d’utilité dans le jeu politique classique permettant aux extrêmes de ressortir de plus en plus. La politique est dictée et n’est plus discutée. Ce fameux candidat indépendant de 2017 à très bien utilisé le tournant autoritaire de la scène politique française.

Malgré tous les évènements et crises économiques et politiques, le vote fait toujours ressortir la droite comme idéologie majoritaire :les pronostics des élections de 2022 donnent une victoire majoritaire de la droite (voir Figure 1).[4] Comme on peut voir sur la Figure 1, les candidat.es indépendant.es ne se revendiquant ni de gauche ni antisystème sont forcément pour le maintien de le la politique actuelle, on parle de droite indépendante vis-à-vis des partis classiques.

Enfin, le système de vote actuel de notre cinquième république met en avant des élu.es ne réussissant pas à gérer les crises sociales, économiques, culturelles ou encore identitaires[5].

Figure 2 : Abstention et vote blanc aux élections présidentielles entre 1965 et 2017

Abstention – Malgré toute la propagande incitant au vote, l’abstention ou le désintérêt du vote reste présent. A chaque élections son résultat est utilisé par l’opposition pour démontrer la non-légitimité de la présidence ou bien du système dans sa globalité : les partis radicaux appellent au boycott. Une énorme partie de la population est désintéressée par la politique, l’abstention a atteint son minimum en 1965 obtenant un résultat équivalent à 18% des inscrit.es[6] et son maximum en 2002 atteignant 40% et surpassant les résultats des candidat.es (gagnant théoriquement les élections présidentielles). On note que cette abstention peut aussi se développer selon les catégories sociaux-professionnelles : « 20 % des inscrits de 25 ans ou plus n’ayant aucun diplôme ou un diplôme inférieur au bac se sont abstenus systématiquement, contre 16 % en moyenne de France métropolitaine, au détriment du vote systématique. »[7]

La forte abstention de 2002 amène la population à voter davantage en 2007. Un barrage énorme a été monté contre l’extrême droite aussi bien à gauche qu’à droite. En faisant une projection pour avril 2022 et en la comparant avec les résultats de vote et d’abstention de la population en 2002, on met en évidence une forte similitude (voir Figure 2 et Figure 3). En effet, le candidat principal (Macron en 2022 et Jaques Chirac en 2002) et son opposition principale (l’extrême droite) montrent un pourcentage de votant.es semblables. La différence entre 2002 et 2022 est que nous faisons face à une plus grande division dans la gauche et la droite classiques. En 2022, le vote à gauche ne dépassera pas les 30% d’après les sondages comme en 2002. Le mensonge exercé aujourd’hui quotidiennement par le gouvernement d’Emmanuel Macron et par lui-même[8] se rapproche de celui exercé par Jaques Chirac en 2002 :

« En particulier depuis le revirement de M. Jacques Chirac en octobre 1995, lorsque, cinq mois après son élection à la présidence, il renia le programme sur lequel il avait été élu […] et adopta une politique ultralibérale.[…]

Figure 3 : Résultats des élections en 2002 et sondages des résultats possibles en 2022

En France, un jeune sur trois de moins de vingt-cinq ans n’était pas inscrit à la veille de l’élection présidentielle de mai 2002 ; le nombre de militants politiques ne dépasse pas 2 % des électeurs, et seuls 8 % des actifs salariés adhèrent à un syndicat (ces deux derniers chiffres étant l’un des plus faibles du monde occidental). »[9]

Pour macron on peut donner quelques exemples : modification de l’article 2064 du code civil (réduction du paiement des heures de travail supplémentaires), de l’article 83 (réduction des sanctions pour les employeurs qui violent la loi) ou encore pour les municipalités préférant « payer des amendes que de construire des logements sociaux. Fort symboliquement, la peine de prison prévue (jamais appliquée) en cas d’entrave aux missions des représentants du personnel passe à la trappe. Elle est remplacée par une amende de 7 500 euros maximum (art. 85 bis). Toujours le même principe : ceux qui ont de l’argent peuvent s’émanciper de la loi. »[10]

Synthèse Les élections présidentielles françaises sont mises de côté à cause de leur non-efficacité. Que le résultat du vote tombe à droite ou à gauche, les problèmes persistent ou s’enveniment. La population désabusée par le système actuel – ses inégalités et ses travers – vote de plus en plus « en réaction ». Les « extrêmes » prennent de plus en plus de place sur le devant de la scène – leur temps de parole augmente dans les médias et leurs discours sont largement diffusés. Le mépris des politiques en place vis-à-vis de leur opposition renforce les discours réactionnaires. Il suffit de voir comment le discours républicain de V. Pécresse copie celui de l’extrême droite.

Cette « extremisation » de l’électorat se fait en parallèle d’une hausse de l’abstention. La population ne veut pas aller voter alors que tous les candidat.es reprennent des discours extrêmes et orientés sur des sujets trop controversés. Les militant.es deviennent de plus en plus extrêmes tandis que le reste de la population s’implique de moins en moins. Une grande partie de la population ne vote plus pour ses convictions mais contre celles d’une minorité d’autres, réduisant leur vote à un barrage aux « extrêmes ». La population ne veut plus s’engager car depuis des années cet engagement est lié au « militantisme » – aux « extrêmes » – à des idées trop revendicatrices.

Crab.

[1] On peut prendre comme exemple les maisons du peuple devenues des monuments au fil des années

[2] Et donc détruits par la police.

[3] Site internet : www.sport-histoire.fr/Histoire/Resultats_presidentielle_1965.php

[4] Source corporate : BFMTV – Louis Tanca et Théophile Magoria – « Tous les sondages de l’élection présidentielle 2022 » – Le 22 octobre 2021

[5]La question de l’identité française n’a jamais été aussi présente sur la scène politique : Régis Meyran – « Crise identitaire ? » – Le club de médiapart– 19 décembre 2016

[6] On ne parle d’abstention rapportée au % de votant.es.

[7] Vincent Delage, Insee – « Élections 2017 – Un électeur sur trois a voté aux quatre scrutins » – Insee Analyses Provence-Alpes-Côte d’Azur, No 51, Paru le : 19 octobre 2017

[8] Notamment à propos de la crise sanitaire.

[9] Ignacio Ramonet – « Retour de la question sociale » – Le défi social, « Manière de voir » #66 • novembre-décembre 2002

[10] Amadouer Bruxelles – « Loi Macron, le choix du « toujours moins » – Le monde diplomatique –– Avril 2015

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